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mardi 26 mars 2013

lundi 25



25/3/13

Dimanche, fin de « Liberté dans la montagne ». Je me suis enhardie, passant outre à toutes mes hésitations  au lieu d’abandonner (encore) le livre, prête à sauter les éventuels passages insupportables. Ce ne fut pas nécessaire, j’avais probablement déjà lu le pire.
Mais le dénouement du livre m’a beaucoup déçue, j’attendais une sorte d’apothéose à ce voyage que j’avais cru initiatique. Ou bien, à l’inverse, une absence de fin, un voyage que le vieux et la petite ne termineraient jamais. Ou pas dans le livre. Ils dépasseraient ainsi la source de la rivière, franchiraient le col pour découvrir une autre rivière, qu’ils suivraient cette fois jusqu’à la mer. Celle qu’ils espéreraient atteindre un jour.
Une façon pour le vieux et la petite de se continuer, au-delà du livre. Au lecteur d’inventer les épisodes.
Mais ce n’est pas ça du tout.
Le plus beau de l’ouvrage restera, pour moi, les « tableaux » du village, du veneur et de l’amour. J’oublierai la suite, je bifferai l’horrible et modifierai le final.
Alors j’aimerai ce livre.


samedi 23 mars 2013

samedi 23



23/3/13

Hésitations

Est-ce l’absence de lumière qui m’obscurcit la tête, alors que nos jours rallongent sans que la vie ne s’éclaire ? Les jours vides s’additionnent aux creux de mon existence, et le journal quotidien s’enfonce dans le silence.
Je traverse une période dispersée, en frustration permanente de la réussite de quelque chose, n’importe laquelle.
Je suis éparpillée.
Mes quêtes, mes essais incessants dans le domaine des arts plastiques démontrent, comme dirait D, que je suis en recherche. Oui, je cherche quelque chose, et je ne sais guère quoi.
Notre départ prochain pour B. me lance dans d’interminables préparatifs de voyage. Cette activité, associée à mes expériences répétées et insatisfaisantes de peinture en tous genres, m’occupe une grande partie du temps.
Les mots n’ont plus de saveur, je n’ai plus envie de jouer avec.
C’est, comme on dit, une période sans.
Ma lecture en cours de « Liberté dans la montagne » de M. Graciano, ne facilite peut-être pas les choses. Ce livre me trouble, et presque, me tourmente.
J’étais prévenue, tel que présenté dans le Magazine Littéraire, ce n’est pas un livre commode. Répétitions et circonvolutions dans les propos, évocatrices d’une voie hypnotique, dans un rythme proche d’une entrée en transes. Vocabulaire vieilli ou rare, si ce n’est médiéval, parfois incompréhensible sans dictionnaire, succession de tableaux dans un imaginaire d’un autre âge, monde tout à la fois merveilleux et barbare. J’avoue avoir peiné au début à pénétrer dans l’univers étrange du livre, puis je fus peu à peu conquise par la musique envoûtante des mots, la richesse et la poésie des lieux traversés au long du surprenant voyage du vieux et de la petite. J’ai donc poursuivi et retrouvé le livre avec plaisir chaque soir.
Là où je trébuche, où ma lecture s’interrompt brutalement, là où je m’interroge, c’est à cause de la violence crue d’une scène particulièrement cruelle et ignoble, lue hier soir, qui m’a profondément choquée, bouleversée au point d’en perdre le sommeil. Or, l’histoire me fait craindre de nouvelles scènes du même acabit, dans le suspense probable à venir, plutôt terrifiant, et je préférerais ne pas les lire.
Si le conte merveilleux dérive vers la boucherie des films d’horreur et de sang qui me sont insoutenables, mon chemin avec l’auteur va s’arrêter là.
J’hésite.

samedi 16 février 2013

Parlons-en



16/2/13
Parlons-en

Parlons d’abord de l’Arbre.

Ce matin, je m’acharnais à photographier, pour la énième fois, le pin de l’église de Blainville. Je n’ai jamais publié ces photos, car aucune ne me semble encore aboutie en ce qui concerne la beauté de l’Arbre.
Le brouillard noyait le site : le pin, l’église et le cimetière tout autour.
Une dame s’approcha de moi : « Madame, vous prenez des photos, malgré le brouillard ? » Je lui explique qu’avec la complicité du flou de brouillard, les photos peuvent être « plus belles » ; je prends pour exemple l’Arbre, qui, surgissant des brumes, est particulièrement mis en valeur, alors que l’arrière-plan qui manque d’intérêt se trouve justement brouillé…par le brouillard !
Elle me demande (la question qui tue) « Mais, c’est quoi, une belle photo ? » Je bégaye quelques vagues « eh bien cela dépend de chacun, de ce que l’on veut montrer, etc. »
Alors elle parle de l’Arbre. De la beauté de l’Arbre.
Et subitement elle me dit : « Mais Madame, savez-vous pourquoi il est beau cet Arbre ? » Mon esprit ouvre des tiroirs botaniques, je voudrais lui expliquer les pins, tous les pins, les sylvestres, les parasol, les maritimes, les « à crochet », les « Cembro », les « d’Alep » », les « d’Autriche » et autres « de Douglas »…toutes les différentes espèces de pin qui existent. Pour lui dire qu’ils sont finalement tous plus beaux les uns que les autres.
Mais elle m’offre la réponse : « Cet Arbre, il est beau parce qu’il pousse dans une tombe ».
Je lui ai dit: « Merci, Madame ».
Je suis partie avec ses mots, comme un cadeau.

Fin de « Porte de Champerret », hier soir.
Parlons-en aussi.
Un très bon livre. Il contient bien plus que ce que j’ai retenu… du commentaire de présentation dans « Le Magazine Littéraire ».
Attirée d’emblée par le sujet et le titre, ce n’est pas l’évocation du lieu lui-même qui m’a comblée. L’ouvrage n’est pas en cause. Mais la Porte de Champerret ne représente à mes yeux qu’un lieu « connu  », sans être familier. Mises à part quelques caractéristiques notoires (garages, caserne de pompiers, église Sainte-Odile) qui m’ont frappée et me sont revenues en mémoire, nous n’avons jamais vécu dans ce quartier. Habitant la banlieue rouge voisine, la Porte de Champerret ne fut pour nous qu’une zone située à-côté, traversière ou fonctionnelle, occasionnellement visitée à pied pour nous rendre dans Paris intra-muros depuis notre appartement de Levallois. Mai 68 fut peut-être la période où nous nous y promenâmes le plus, par camion militaire interposé…
Au-delà de la convocation des souvenirs de la narratrice, pour mieux les classer, les ranger, et peut-être mieux les congédier, au-delà de cet enfermement nécessaire dans un appartement vieilli, en voie de dégradation, cette émotion du souvenir présente au fil des pages, le témoignage de l’auteur ouvre le chemin de la compréhension de ses parents. Leur personnalité, leurs non-dits du massacre nazi de leurs familles. C’est pourquoi ce livre est lumineux, il éclaire les zones d’ombre, il calme les colères, il justifie. Il fait découvrir, il analyse, il décortique. Il ouvre la voie de l’explication, et par là-même celle de l’apaisement.
Un grand livre, une démonstration de ce que peut être l'acceptation intelligente de l’inacceptable.

Enfin et surtout, il illustre comment la narratrice parvient à supporter la maladie de sa mère, à la remettre à distance, comment elle voit les étincelles de vie quand elles jaillissent et sait tourner en dérision les non-sens, les dépasser, seul moyen pour les dominer.

J’aurais aimé croiser ce livre durant la maladie de ma mère. Notre descente aux enfers, elle et moi, pendant sa démence. Je pense aujourd’hui que j’aurais été capable de l’ouvrir et de le lire. Mais je n’en suis pas certaine.
S’ils parviennent à le lire, cet ouvrage peut apporter une aide puissante à ceux qui sont confrontés à ce désastre-là.
Je crois que seuls ceux qui l’ont subi peuvent réellement comprendre ceux qui en souffrent. Et peut-être, les réconforter.