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mardi 5 mars 2013

mardi 5



5/3/13
Tiens, voilà Y.
C’est une toute petite bonne femme.
Un jour, elle a dû passer sous une étagère un peu trop basse pour elle et ça l’a rapetissée.
Tassée sur elle-même, franchement rondelette, elle me fait penser à une boule de mie de pain. Une de celles qu’on peut faire rouler sur la table, d’une chiquenaude négligente, lorsqu’on s’ennuie à la fin d’un repas dominical et familial. Tels ceux qui commencent à midi et ne sont pas terminés le soir.
Y. ne roule pas dans le couloir, mais elle avance à tous petits pas, style canard.
Il faut dire qu’elle a mal aux jambes.
C’est une toute petite bonne femme.
Gentille, en plus. N’oublie jamais de dire bonjour, même à ceux qu’elle ne voit pas.
Peut même dire bonjour plusieurs fois par jour, pour être sûre... de ne pas oublier.

Ce matin elle m’a dit « Bonjour, Claudine ». Elle devait être en forme.
Je ne lui ai pas dit « bravo », mais j’aurais pu.
D’habitude elle m’appelle Catherine.

dimanche 17 février 2013

dimanche 17



17/2/13
Reçu M-C et F. Passé un moment agréable en leur compagnie, pendant un dimanche ensoleillé, quelques blagues, une galette des rois…en février, confectionnée par M-C, qui voudra bien entendu m’écrire la recette. Avec schémas et tout ce qu’il faut pour ne pas se tromper. Car elle est comme ça, M-C, il faut qu’elle laisse une trace derrière elle, une recommandation, une adresse, une recette, un truc, ou le nom d’une plante aromatique rare, que l’on aura savourée dans l’un des plats méditerranéens dont F possède les secrets.
M-C offre à ceux qu’elle rencontre quelque chose de pratique, du concret. Parfois une bricole, un tuyau pour la vie quotidienne, un conseil, parfois une idée, une piste de mieux-être.
Qu’on le lui demande ou pas…
Mais elle est comme ça, elle donne.

jeudi 14 février 2013

jeudi 14



14/2/13
Et ce matin S me salue, le bras levé, l’air conquérant. Du sourire plein les yeux, toutes les lézardes d’hier effacées. Je la questionne : « ça marche ? » Elle déclare, non sans aplomb: « Oui ! Un jour de plus, un jour de moins. Tu sais pourquoi ? Un jour de plus pour ce que tu sais, un jour de moins pour mon départ en voyage. Que du positif ! »
Elle repart, toute joyeuse, en balançant le corps. Tout en elle crie la victoire.
Pourvu que ça dure.

Réminiscence.

Je suis une toute petite fille, dans le métro avec ma grand-mère. Je l’appelais Mémé. Je l’aimais beaucoup, ma Mémé.
Est-ce le jour où nous sommes allées voir ensemble « Jour de Fête » dans un cinéma des boulevards, pendant lequel j’ai tant ri ?
Ce jour-là, nous sommes debout dans le métro, au voisinage des Boulevards, dans la foule, les gens sont tassés. A côté de moi, il y a des hommes, ma grand-mère n’est pas à côté de moi.
Je sens une main se glisser sous ma jupe, caresser mes cuisses, atteindre la culotte. Je n’ose rien dire, je suis paralysée par la peur. Puis j’essaie de me déplacer légèrement, d’observer autour de moi mais je ne peux savoir d’où vient ce geste honteux. La chose insiste. Recommence.
Il y a trop de monde, je ne peux pas bouger. L’angoisse me monte à la gorge.
Puis, profitant du déplacement d’une autre personne, je me glisse, parviens à m’éloigner de cette main anonyme et baladeuse.
Je n’oserai rien dire, ni à Mémé, ni à mes parents. Et cela reste là, comme une grosse boule au fond de ma gorge.

Cette histoire, profondément enterrée au fond de mes souvenirs, a réapparu à la lecture de « Porte de Champerret » La narratrice a rencontré une mésaventure analogue, mais beaucoup plus violente, d’autant plus menaçante qu’elle se déroule dans l’escalier de son immeuble. Elle non plus n’a jamais rien dit.
Pourquoi ? Pourquoi les petites filles taisent-elles à leurs familles ces terribles gestes qu’elles savent interdits et obscènes ? De qui, de quoi ont-elles peur ? De l’auteur qui les a proférés, ou d’être grondées ?
Trop insupportables pour seulement être dits, elles les enfouissent au creux de leurs mémoires. Plus tard, lorsque le temps est venu d’interroger le passé, lorsque des similitudes ravivent les vieilles blessures, les mots jaillissent.
Et les enfants devenus grands découvrent qu’ils n’ont rien oublié de cette chose immonde qu’ils n’ont jamais partagée.

mercredi 13 février 2013

Mercredi 13



13/2/13

En la croisant au hasard d’un couloir, je l’avais à chaque fois trouvée jolie, S. Un visage arrondi, un sourire enjôleur, de magnifiques yeux bleus. Foncés, avec une touche de gris dedans. Toujours très bien habillée. Couleurs vives, contrastes étudiés, chaussures assorties à l’écharpe ou au dessin du chemisier, ongles peints, du grand art au quotidien.
La voici parmi nous et je l’observe plus en détail. Ces dernières années elle a dû prendre un peu de poids, me semble rondelette. Si ses jambes restent fines, cet embonpoint naissant a déséquilibré sa silhouette. Parfois, je remarque de vilains plis de crispation dans certains de ses sourires. Elle en fait trop, elle en rajoute. Que cache-t-elle ?
Puis j’ai découvert son rire, un torrent qui éclate, qui prend toute la place, comme un meuble trop grand. Encombrant.
Mais en prêtant l’oreille, j’entends des pierres rouler dans cette musique-là.
Pénétrant un matin dans son bureau je devine la source de cette voix rauque qu’elle ne parvient pas à masquer entièrement. Elle fume.
Dans ce bureau glacial, l’odeur de cigarette envahit les lieux.
Avant-hier, à l’éternelle question « ça va ? » son visage trahissait l’épuisement.
Ce matin, elle laisse échapper quelques confidences. S. tente depuis deux jours d’arrêter de fumer, pour de bon, et souffre d’insomnies. M’explique qu’elle fume à cause du travail et surtout au travail. Qu’elle a déjà arrêté, pendant plusieurs mois, à la joie de sa famille.
Mais S. a repris, à cause du travail encore, et sans rien en dire à sa famille, qui fait sans doute semblant de ne pas savoir. Alors elle fume en cachette, utilise et crée mille prétextes, le week-end, pour s’échapper seule et fumer une clope. Et retrouve le travail chaque lundi, avec un bonheur un peu misérable, car elle peut ici fumer tranquillement.
Librement, comme elle dit.
Elle n’a rien avoué mais reconnaît avoir été surprise avec une cigarette, deux fois,  d’abord par son mari, puis son fils. Qu’aura-t-elle inventé ?
A l’aube d’un voyage lointain avec les siens, elle s’aperçoit qu’elle est coincée, prise au piège de ses contradictions et de ses faiblesses. Noyée entre mensonges et non-dits.
S. est au pied du mur et elle le sait.
Aujourd’hui mercredi.
Je regarde ses yeux bleus inquiets.
Chaque jour est une victoire. Bonne chance, S.

mercredi 6 février 2013

mercredi 6



6/2/13
Est-ce une réminiscence après lecture du livre « Le peintre d’éventail » de Hubert Haddad?
Beaucoup de vent cette nuit. Et la pluie. Infernale pluie.
Cauchemar, rêve dans le rêve, image terrifiante dès le réveil. Nous sommes avec D au bord de la mer, un littoral rocheux. Une montagne immense et pointue plongeant dans l’eau. Quelque chose comme la Corse, voire le Japon, comme dans le livre. Et il se produit un tsunami. La mer se lève comme une montagne, des colonnes d’eau verticales semblables à des cheminées de fée jaillissent et s’écrasent avec fracas sur les pentes. L’eau redescend en emportant tout avec elle. Ce cataclysme ne dure que quelques secondes. Puis tout semble très calme.
Nous sommes en vie, miraculeusement protégés par un éperon rocheux couvert d’un plafond en verre, sorte de galerie circulaire et transparente, sous-marin échoué sur la côte. L’eau ruisselle sur la bulle de verre. Le soleil réapparaît, et sur la montagne brillante nous voyons une chose descendre en longeant une route, une voiture ? Avons-nous rêvé ?


Celle qui dit oui, celle qui dit non


Aujourd’hui, retour de V. J’ai parfois du mal à l’écouter. Je fais des efforts. Elle me fatigue. Mais il faut lui reconnaître une bonne capacité d’initiative, même dans le cadre rigide d’un service administratif. Je l’admire. De tempérament créatif, elle ne s’embarrasse pas de considérations pessimistes et désabusées. Elle tente. 

Ainsi, elle rêvait d’apprendre la guitare, mais l’école de musique de sa commune peine à ouvrir des places supplémentaires. Voici deux ans que cela dure. Elle devait se satisfaire depuis septembre d’un cours de solfège. Ce qui n’a pas grand-chose à voir avec le plaisir de jouer avec un instrument. Lorsqu’elle a découvert qu’un collègue jouait du violon et de la guitare, elle lui a demandé d’organiser un cours de guitare hebdomadaire, dans une salle communale voisine, pour quelques collègues. L’entreprise a plu, et voilà dix nanas réunies et assidues au cours de guitare, le lundi midi. Le groupe est enchanté.
Leur premier morceau fut une chanson de Michel Polnareff « la poupée ».  
(Celle qui dit non, non, non, non …)

Elle m’a proposé moult fois de participer. Je décline, car la guitare et moi, c’est encore une vieille histoire très compliquée.
Non, c’est toujours non.
N’empêche que grâce à V, quelques semaines plus tard, j’entamais des cours de harpe celtique.
Merci à toi, V.

Beaucoup écrit aujourd’hui. Nombreux paragraphes en bleu.